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Témoins du Royaume : le Carrefour Spirituel dans un hôpital
1. Les lointains sont devenus proches
2. "Catholique" : "tout homme"
3. Le tout de l'homme
4. Les veilleurs au Carrefour

5. Un lieu de laboratoire
6. Saint Luc, fête de tout le personnel
7. Les patients sont nos maîtres

        
Le "Carrefour Spirituel" est un lieu de rencontre fondé par l'abbé Guibert Terlinden, aumônier des Cliniques Universitaires Saint-Luc à Bruxelles. Ce Carrefour permet à toutes les "aumôneries" de se rencontrer et de collaborer : Catholique, Orthodoxe, Protestante, Anglicane, Musulmane, Juive et Laïque. Le texte, extrait de leur Bulletin de liaison, a été écrit à l'occasion des 10 années d'existence (en 2005) du Carrefour.




S'il fallait relire en " catholique " ce qui s'est passé en plus de 10 ans au Carrefour Spirituel, il y en aurait à dire ! Lorsqu'en 1994, la direction des Cliniques universitaires saint Luc (à Woluwé, Bruxelles, Belgique), nous a offert un local dans le hall d'entrée afin de rendre l'aumônerie catholique plus visible et accessible, et que nous avons souhaité puis obtenu d'y offrir l'hospitalité aux autres traditions spirituelles, nous étions loin d'imaginer où cela nous conduirait !

Les lointains sont devenus proches

En quelques années, la population de Saint-Luc s'est fortement diversifiée, tant en termes d'origines culturelles que philosophiques ou religieuses. Il n'est plus possible à un catholique, pas plus qu'à quiconque, de vivre en vase clos et de croire en son Dieu comme si celui des autres n'existait pas. Un processus est en marche, qui fera du dialogue avec les convictions des autres, croyants et non croyants, une des coordonnées constitutives de l'expérience religieuse.

"Catholique" : " tout homme "

L'adjectif " catholique " accolé à notre Université et à ses cliniques a perdu son vieux sens solitaire et retrouve peu à peu le beau sens d' " universel " qu'il a dans notre Credo, sens pas si éloigné de " universitaire ". Tel est bien le défi : s'ouvrir à tout humain comme à un frère, surtout s'il connaît la fragilité liée au temps de la maladie, inventer un " être ensemble " nouveau, dans le respect des convictions particulières. C'est déjà de cette intuition qu'est né le Carrefour spirituel.

Le Christ lui-même n'a-t-il pas ouvert cette brèche dans une identité trop clôturée sur elle-même le jour où une païenne l'a en quelque sorte contraint à passer la frontière et qu'il a reconnu en ce geste inouï un appel venant de Dieu (Mt 15,21) ? L'Eucharistie en tant que désir de communion et espérance du Royaume de Dieu s'y trouvait déjà en germe.

Depuis ce jour, chaque disciple pourrait se re-connaître à cette impatience qui est la marque d'un désir de rencontre de Dieu : " L' autre me manque. sans lui, vivre ne serait plus vivre ".

Catholique : " le tout de l'homme "

Nous avons peu à peu entendu une seconde invitation, pressante, au travers du mot " catholique " : respecter le tout de l'homme, l'humain dans toutes les dimensions de son être, y compris bien sûr spirituelle, l'humain dans son unité vécue et fragile. En deçà de nos différences, représentants des religions et de la laïcité y avons perçu une tâche prioritaire, commune à tous, en collaboration étroite avec les soignants.

Des veilleurs au Carrefour

Dans un contexte à dominante rationnelle et technicienne, efficace, de plus en plus marqué aussi par l'exigence économique de performance, n'est-il pas essentiel, nous sommes-nous dit, vital même, de prendre le temps d'arrêter, ne fût-ce qu'un instant, la roue de la technique, afin d'ouvrir à autre chose ? Et ce, tant pour les soignants que pour les patients.

Peu à peu, une équipe pluraliste s'est mise en place, en mesure d'assurer bénévolement une bonne cinquantaine d'heures d'accueil et d'écoute. Chaque permanent accepte de laisser son identité propre en retrait et de se mettre au service de l'autre, tel qu'il vient, sans prosélytisme. Il se passe dans ces rencontres de bien belles choses, au point qu'on ne sait pas toujours dire qui est l'hôte de qui - qui donne ou qui reçoit ! Même s'il ne vient personne, il nous apparaît de plus en plus qu'il est déjà fort essentiel qu'un lieu dans la Clinique ne serve à rien, sinon, un peu comme une veilleuse devant une icône, à mettre en lumière ce qui constitue l'âme, le coeur.

Un lieu laboratoire

Dans ce modeste lieu d'accueil, se vit en petit ce qui se rencontre dans les Unités de soins de tout l'hôpital. On apprend à respecter l'autre comme il est, ainsi qu'à mieux prendre la mesure de nos conditionnements personnels, de ce qui perturbe l'accueil : jugements de valeurs, sentiment de supériorité, condescendance, désir de " faire bien ", de dire à l'autre ce qu'il devrait penser, peur de l'autre différent. La liberté s'acquiert, peu à peu.

Un heureux sentiment de loyauté et d'amitié a grandi entre les membres des sept traditions, jusqu'à l'humour libérateur. L'aumônière anglicane a rejoint l'équipe catholique afin d'être moins isolée. L'imam vient parfois à nos partages d'Evangile ou apporte le thé. Un franc-maçon nous invite à placer une croix dans un espace commun car " vous êtes chez vous ". Une protestante accepte d'assurer une homélie. Un juif nous invite à fêter Hanoucca. Nous assurons ensemble des formations et, à toutes occasions, favorisons la pluralité des convictions et leur respect. Il ne nous serait plus imaginable qu'il en aille autrement.

Petite parcelle du Royaume, ici à Saint-Luc…

Saint-Luc : Fête de tout le personnel

Parmi les réalisations, citons la création d'un Espace de recueillement original destiné à tous. Citons la fête de Saint-Luc devenue, pour une part, pluraliste.

Quel est le soignant qui n'a déjà ressenti l'abattement ou la solitude, l'impression, de ne plus savoir le sens de ce qu'il fait, de " fonctionner " sans cœur ni âme à l'ouvrage ? La fête de saint-Luc est devenue un moment pour retrouver souffle en inscrivant les engagements professionnels diversifiés dans une source partagée, pour dire ce qui a prix et saveur, pour percevoir une solidarité profonde entre les membres du personnel et les malades, pour s'offrir mutuellement une attention bienveillante et recontacter ensemble le désir et la force de faire reculer le malheur, de soulager ou de consoler.

Les patients sont nos maîtres

Très certainement, ceux qui nous ont le plus retournés (convertis), ce sont les patients. A l'image de la cananéenne, leur confiance, leurs appels et leurs cris parfois, leurs paroles de sagesse, les gestes d'entraide, nous tirent hors de nos " bulles " respectives de savoir ou de prétention. Ils nous rendent à la foi plus humbles et plus universels, plus émerveillés de la puissance de réaction dont le Christ est capable en eux et à travers eux. Vie surgissante qui ne nous a pas attendus pour se déployer ! Ils nous ont fait percevoir en quelles profondeurs s'inscrit la vie spirituelle et combien, en ces couches profondes, nous sommes frères, fils et filles de l'Homme. Ce que " Lui " avait perçu avant nous…

Pour l'équipe d'aumônerie catholique
Abbé Guibert Terlinden.